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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/313

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deux, en aucun cas je n’avais le droit de te faire du mal, et sois sûre que si je n’ai pas toujours été à la hauteur de ma tâche — que je saurai conduire jusqu’au bout, dorénavant, — ma bouche a parlé toujours contre mon cœur et de cela, je te demande, Jeannine, très humblement pardon.


JEANNINE, simple.

C’est oublié !

(Elle passe.)

ISABELLE, avec un mouvement doux et peureux des doigts, comme pour la retenir au passage.

Je suis un peu excusable parce que vous m’avez entourée de beaucoup de mensonges… sans quoi, je crois que j’aurais su être bonne, toujours, sans me plaindre… Nous sommes un peu gauches toutes deux… nous étions si peu préparées à ce qui devait nous arriver !… Tu as aimé bien jeune, mon petit… et moi très tard ! et voici que bientôt mes cheveux blanchis vont se couvrir de honte. Enfin !… nous ne sommes pas responsables, hein ? Ce n’est pas de notre faute… Qui nous eût dit cela ? On était si heureuses à la maison ! tu te souviens ?… On se sera tout de même beaucoup aimé… Ah ! si tu avais parlé à temps !… Enfin ! nous sommes deux pauvres malheureuses, voilà ce que nous sommes, n’est-ce pas Jeannine ? Il n’y a pas à s’en vouloir. Je tâcherai d’être meilleure, je te promets… Puisque tu souffres, tu dois savoir qu’on n’est pas toujours maître de soi…. et que ça fait mal ! C’est le doute, tu comprends, dont vous m’avez entourée ?… Si vous m’aviez dit tout simplement ce qui en était, je me serais arrangée… Désormais, tu verras !… Je m’exagère peut-être, après tout, vous n’en êtes peut-être pas encore aussi loin que je me l’imagine… Je ne sais pas, moi !… (Elle lui tient les mains et essaye de rencontrer ses regards.) Je ne te demande qu’une parole de vérité pour que tout s’éclaire… Je t’assure, quoi que vous ayiez fait, quand bien même vous vous adore-