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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/31

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avoir écrit des pièces immorales, je devais arriver à en écrire d’indécentes. Ce n’était plus de la passion que je mettais en scène, c’était du libertinage, etc., etc. »

Qui dit cela ? Cela semble d’hier : A. Dumas, à propos d’une de ses pièces, une de celles dont le sentiment bourgeois et conservateur eût dû lui attirer le plus de sympathies : L’Ami des Femmes.

Le public s’en tient à la lettre. Il ne s’applique jamais à découvrir le sens intime d’une œuvre. Dans le cas de Poliche, il ne s’est pas seulement tenu à la lettre, il s’y est cramponné. Il a suffi de quelques mots d’argot nécessaires pour qu’on se soit écrié : « Les apaches et les hétaïres ont franchi le seuil de la Comédie-Française. » On a déploré à bon droit qu’un poète de mérite, par une étrange aberration ou par une négligence d’enfant gâté, ait voulu déchoir jusqu’au style et à la fréquentation de la plus mauvaise compagnie à l’heure même où il s’agissait pour lui de s’élever. Ô puérilité ! Ainsi le naïf respect de la tradition et des formes officielles qui dorment avec sécurité au cœur du Français le plus frondeur a masqué le sens pourtant fort clair de cette œuvrette, petit conte dialogué, qui n’a pas, je le reconnais, au point de vue dramatique, grande importance, — un peintre n’a-t-il pas le droit de faire quelquefois un tableau de chevalet ? — mais qui se trouve être précisément l’apologie du sentiment et de la spiritualité la plus catégorique qu’on ait peut-être portée au théâtre.

Pareille méprise semble impossible. Elle fut cependant, et les comptes rendus de la presse bien pensante en fourniraient des témoignages abondants et indubitables. Cette presse qui stigmatisait le poète dépravé était-elle sincère ? Est-ce de bonne foi que de semblables confusions se produisent ? Il se peut. Toutefois, je me