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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/304

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voilà, au moment où je m’écroulais de tendresse, ce que j’ai trouvé sur son cœur !… (Elle jette le mouchoir à terre. Après quoi, elle regarde madame Heiman avec angoisse.) Ah ! je ne pourrai pas le supporter ! je le sens bien, c’est inutile, je ne pourrai pas !


MADAME HEIMAN.

Si j’ai compris un mot à tout ce que vous venez de me débiter, je veux bien être pendue ! Bon Dieu, qu’est-ce que tout ça veut dire ?… Je regarde avec stupeur les pièces à conviction ! On dirait d’un assassinat… Du verre pilé… le bâillon du crime !… Cela vient donc de se passer à la minute ? Georges avait pourtant l’air le plus naturel du monde.


ISABELLE.

Est-ce que je lui laisse voir quoi que ce soit ?


MADAME HEIMAN.

C’est donc cela que vous pleuriez toute seule comme un pauvre petit bout de Madeleine… dans cette purée de fleurs !…


ISABELLE.

D’autres choses aussi. On dirait qu’il y a des minutes dans la vie qui contiennent toutes nos douleurs ensemble, comme pour nous faire tout pleurer en une seule fois, par économie. Cela, tenez, que je lisais quand vous entriez, c’est une lettre. Elle est datée de Collao. Vous connaissez ? Non ? Ce doit être loin Collao ?


MADAME HEIMAN.

Pierre ?


ISABELLE.

Écoutez : (Elle lit.) « Je vous écris, mon amie, d’un grand jardin sur le bord de la Madeira. Les camélias luxueux, les mille étoiles des azalées dans les lourds massifs, me cachent la mer qui m’attend. La verdure de ce pays est sombre, luisante et sans bruit. De temps en temps seulement, un camélia pourri tombe comme un fruit lourd à travers les branches. C’est tout. Seulement,