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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/301

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sera complètement guérie, nous irons faire notre voyage de noces. Tu veux ? Nous irons à Venise. Oh ! que ce doit être beau, Venise !… Pourquoi ris- tu ?


GEORGES.

Rien, mais je n’ai pas de chance ! Toutes les femmes que j’ai connues ont voulu toujours m’emmener à Venise ! C’est navrant. Je suis très bien ici, moi ! (Se levant.) Qu’est-ce qu’ont donc ces chiens à aboyer ? Neyt ! Homère ! Callipyge !… Ah ! c’est le facteur, et madame Heiman. Le facteur et madame Heiman, c’est trop pour eux.


ISABELLE.

Déjà ! quel ennui !


MADAME HEIMAN, du dehors, à Georges sur le balcon.

Bonjour.


GEORGES, à la fenêtre.

Vous n’avez pas rencontré Victor !


MADAME HEIMAN, du dehors.

Non. Il était là ! C’est bête ! Il a dû passer par le petit pont. Je fais dételer… vous permettez ?…


GEORGES.

Oui, oui ! fourrez le zèbre à l’écurie.

(Il revient à Isabelle.)

ISABELLE.

C'est ça, mets-moi les mains au front. J'entends battre ton pouls à ma tempe, et c’est un bruit si calme, si rassurant. (Elle se laisse aller sur sa poitrine.) Qu'est-ce que c’est ? Tu as saigné ?

(Elle tire le mouchoir qui dépasse de la poche du veston.)

GEORGES.

Oh ! rien… ce n’est rien… Le verre, tu sais, le verre de couleur…


ISABELLE.

Pauvre chéri ! tu t'es fait mal et tu ne me disais rien. Où ça ? vite, fais voir.