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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/300

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GEORGES, la balance un instant de droite à gauche, avec calme et méthode ; tout à coup, il lui vient une idée.

Elles sont admirables ces roses, mais nous allons être asphyxiés pendant la lecture. L’odeur des cretonnes neuves et des roses, cela étouffe…


ISABELLE.

Tu crois ? Ouvre la fenêtre. Non, non, ne l’ouvre pas, tu prendrais mal !


GEORGES.

Il n’y a pas de danger.


ISABELLE.

Si, tu prendrais mal. Tu es très délicat de poitrine.


GEORGES.

Moi, délicat ? Je me porte comme un bœuf.


ISABELLE.

Tu te l’imagines, mais, au fond, tu es très délicat, du côté de la poitrine, j’ai déjà remarqué. Tu t’enrhumes pour un rien.


GEORGES.

Tiens, tu es adorablement comique ?…

(Il va fermer la fenêtre.)

ISABELLE, a eu un froncement de sourcils triste ; quand il redescend, elle dit doucement.

Il faut me pardonner, tu comprends. J’ai profond, en moi, ce sentiment maternel et vieilli que la chose que j’aime devient, par ce fait, extrêmement fragile, se met un peu à dépérir… et j’ai comme un besoin de la couvrir d’un châle de tendresse… et une si grande peur qu’elle ne m’échappe !

(Un soupir.)

GEORGES.

N’aie pas peur. Je me retiendrai.

(Il montre son biceps.)

ISABELLE, changeant de ton. Gaie.

D’abord cet air de la campagne ne nous vaut rien Plus tard, lorsque nous serons libres, et que Jeannine