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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/30

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haut lieu pour qu’on rappelât la Maison au respect de son institution. Même un sénateur dans son rapport sur le budget des Beaux-Arts, s’éleva avec virulence contre ce spectacle dégradant et vil, cette « décadence morbide », et flétrit hautement l’administrateur, fait sans exemple dans les plus beaux rapports administratifs, en le rappelant à ses devoirs au nom de l’Idéal et de l’Art français. Je n’exagère pas. Ce fut superbe ! La pièce malgré une carrière suffisamment fructueuse, ayant été arrêtée par les soins du Comité des comédiens, dès qu’il le leur fut licite, c’est-à dire aux environs de sa trentième représentation, on respira dans le clan des intéressés. Le Théâtre-Français était lavé et rendu à ses traditions.

Je me demande encore, à l’heure actuelle, en souriant, si l’enfantillage des masses est tel qu’elles puissent prendre, de bonne foi, le Pirée pour une incongruité. Je sais bien qu’il suffit de relire les anciennes attestations d’écrivains qui de tout temps ont eu à subir la décence et le bon goût de leurs contemporains pour se persuader de l’extrême puérilité des foules.

« Cette comédie n’a pas eu de succès à la première ; elle s’est débattue ensuite pendant une quarantaine de jours, contre l’étonnement, le silence, l’embarras et quelquefois les protestations du public. Un soir même un spectateur de l’orchestre plus sanguin ou plus bilieux que les autres, s’est levé et s’est écrié : « C’est dégoûtant. » Ce spectateur était-il sincère ? Oui. Il faisait partie de ce public que le théâtre passionne et qui applaudit ou siffle, sans raisonner, selon l’impression qu’il reçoit. Pour un grand nombre de gens il a dû résumer dans ces deux mots l’impression générale. Car je n’avais là, selon ces gens, que ce que je méritais. J’étais tombé dans l’excès de mes défauts. Après