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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/29

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sourciller l’extrême spiritualité de la dame du Masque, peut-être seulement à cause de la gravité peu divertissante de sentiments que Grâce éprouvait devant la vie, peut-être et surtout à cause des antiques conventions théâtrales dont je parlais tout à l’heure, qui ne permettent pas à des gens rassemblés d’admettre ce principe de psychologie auquel ils soumettent pourtant tous les jours leurs propres existences, à savoir que « l’amour est l’extériorisation d’un idéal intérieur momentané, quel qu’il soit ». Tandis que l’amour au théâtre c’est toujours Éros jeune premier ! Ou la beauté ou la valeur, on nous donne à choisir ! Et, bien que dans une salle les visages réunis attestent ironiquement de la médiocrité du désir et la vulgarité de l’idéal choisi en dépit de toute réalité, le mensonge, subsiste sur la scène d’Éros aux yeux de cire, seul digne et seul maître des immolations amoureuses. Que Grâce de Plessans conforme strictement sa vie à ses aspirations de jeune fille et qu’elle fasse, avec son néo-mysticisme orgueilleux, le choix d’un amour très médiocre, d’une existence d’humilité, mais honnête, mais répondant à ses rêveries closes de couventine, voilà qui a renversé le bon public parisien du vingtième siècle ! En quelles tristes conventions languit encore le génie du théâtre !

Le cas de Poliche est plus joyeux. Malgré un favorable accueil et une carrière suffisante, la pièce déchaîna une violente indignation dans le camp des amis habitués et intéressés de la Comédie-Française. Il faut avoir suivi de près ces petits mouvements pour y croire. Certains abonnés offensés criaient dans la salle : « Au Palais-Royal ! » L’accusation atteignait l’administrateur pour s’être aussi grossièrement fourvoyé. Des sociétaires atteints dans la dignité de leur art écrivirent en