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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/283

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GEORGES.

Il ne s’agit pas de cela.


JEANNINE, vivement.

Oh ! elle a d’autres qualités !… ne vous fâchez pas ! Elle est belle, elle est plus belle que moi, certainement ! (Avec colère.) Elle n’a pas une vitelotte au milieu de la figure, comme elle a dit encore hier devant vous pour me vexer… pour me faire passer pour laide ! C’est bien, je ne vous parlerai plus, je ne vous chercherai plus, j’obéirai. Mais alors, qu’est-ce qui me restera, si vous m’enlevez même ces petites choses, ces petites compensations, qui sont la seule joie de mon existence ? Ah ! je me contentais de pas grand’chose, vous l’avouerez ! Mais il y a des jours où je me disais : Il ne m’aime pas, seulement nous avons tout de même des intelligences à deux, qu’on ne sait pas… C’est bien, je me tairai… Je ne ferai même plus mon cri, vous savez ? quand je veux attirer votre attention… Oui, ça n’a l’air de rien, mais pour moi, c’est beaucoup, parce que, rien que ce cri, ça veut dire pour moi des choses que les autres ne comprennent pas… à part vous.


GEORGES.


Avec cela qu’il est joli votre cri ! Vous n’y perdez pas grand’chose… un aboiement !


JEANNINE, vivement.

Oh ! moi, je ne suis pas poétique, vous savez !… Vous ne le trouvez pas bien ? Oh ! c’est une trouvaille ! Je l’aime beaucoup. Écoutez.

(Elle le fait.)

GEORGES.

On dirait le cri d’un gondolier de Venise.


JEANNINE.

Oh ! Venise ! c’est ça qui est beau ! Oh ! c’est là que j’aurais voulu partir en voyage ! Ce que c’est beau !… (Ses yeux regardent la plafond.) Je pense quelquefois que si je vous avais épousé, on y serait parti… tous les deux.