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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/28

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nouveau qui sera pour elle la solution de continuité, elle répond, telle Kundry interrogée : « Que viens-tu faire ici ? — Servir ! » Servir, servir encore !… À la jeunesse, à plus de jeunesse encore, mère toujours dans l’amour ! La jeunesse, c’est le leitmotiv caché de la pièce, le dessin d’orchestre de Maman Colibri : « Jeunesse, tout pour toi ! » Irène a comblé, par cet amour, le vide momentané de son cœur, l’interruption de fonction qui se produisit après que la mère eut élevé ses enfants. Le printemps, en retard, a éclaté, mais alors vers quelles ténèbres voulez-vous désormais, après le drame, que cette femme, ruinée à tous points de vue et sans ressources, se dirige, si ce n’est vers cette nouvelle réincarnation du passé et de l’avenir ?

Elle va vers son petil-fils. Quelle erreur seulement de supposer que ce soit avec amour ou avec joie ! Non ! Elle revient à tâtons, mystérieuse, résignée à la plus horrible des consomptions. C’est une fin qu’elle réclame, et l’aïeule sait bien, en rentrant dans la maison, la place qui lui sera réservée bientôt, dans une chambre là-haut, au second, où elle pourra, à loisir, se livrer aux regrets solitaires, en proie toute à la maladie du passé…

Respires-en sur moi l’odorant souvenir !…
pourrait-elle soupirer, en songeant aux roses que l’aïeule a portées aux lèvres de Chérubin.

La chaste et sincère Grâce de Plessans de La Marche Nuptiale représente assez bien à mes yeux le troupeau d’âmes provinciales dont elle généralise les aspiration tremblantes, la femme prise entre les devoirs, les croyances de son passé et le sentiment nouveau de sa liberté, de son destin. Hélas ! cette maigre et chancelante héroïne fut-elle parfaitement comprise ? Sa candeur surprit des esprits qui avaient admis jadis sans