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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/268

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ISABELLE.

Ah ! je te vois sourire… tu as quelque chose sur les lèvres…


JEANNINE.

Non !


ISABELLE, la serrant très fort contre elle.

Si, dis…


JEANNINE, baissant la tête en souriant.

C’est bête !


ISABELLE.

Quoi… quoi… chérie ?

(Elle attend anxieusement, le visage crispé, ce qui va sortir de la bouche de Jeannine… Le silence est immense.)

JEANNINE.

J’ai fait quatre vers hier.

(Isabelle, un instant désarçonnée par cet enfantillage, ne dit rien d’abord, puis tout de suite, l’œil rebrille, la bouche se contracte.)

ISABELLE.

C’est vrai ?… dis-les moi ?


JEANNINE, maniérée, se balançant.

Non !


ISABELLE.

Si, dis.


JEANNINE, riant, gagnée.

Je n’oserai pas… Attends alors… je vais te les écrire… (Elle se lève, va à la table en courant.) D’abord, je ne me les rappelle déjà plus !

(Elle cache sa tête dans ses coudes avec un joli geste d'enfant honteux.)

ISABELLE.

Menteuse !

(Jeannine écrit en s’appliquant et en mouillant le crayon avec sa langue. Isabelle se rapproche d’elle.)

JEANNINE.

Ne me regarde pas, ça me gêne.

(Elle cache le papier sous son bras.)