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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/258

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GEORGES.

Vous êtes un vrai miroir, mais un miroir qui rend bien, sapristi !


ISABELLE.

Le petit ton poli, condescendant, et joliment fat, avec lequel vous lui demandez : « Jeannine, voulez-vous me passer telle chose ? »


GEORGES.

Quoi encore ? quoi encore ?


ISABELLE.

Un petit détail… entre mille… mais assez drôlet. Vous fumiez la pipe à Paris. Pendant six ans, vous avez fumé la pipe chez moi, sans vous gêner, oui, ma foi… je vous aurais brodé des pantoufles !… Eh bien, maintenant, vous vous êtes mis à la cigarette !… Oh ! c’est un rien, je le sais bien, mais un rien significatif pour l’observateur !


GEORGES.

Pardon, voilà une amélioration, dont vous profitez aussi… L’hommage est de moitié pour vous… il y a ingratitude à me le reprocher.


ISABELLE.

Tenez encore… mais non… ceci me gêne un peu à dire… Vous m’en voudrez.


GEORGES.

Dites, dites, pendant que vous y êtes, vous auriez tort de vous gêner.


ISABELLE.

Quand elle chante sa Chanson de Florian, vous savez avec l’expression en coulisse : « Qu’on chérisse au premier moment, qu’on aime ensuite davanta-a-ge » si vous voyiez votre air, lorsque vous lui répondez : « Bien ça, Jeannine… très bien… recommencez donc ! » Vous avez à ce moment une expression générale… extraordinaire… oh ! intraduisible !… mais très comique. Il y a ainsi tout un côté de vous que je ne connaissais pas