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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/219

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MADAME DE ROUVRAY.

Comme c’est contrariant !… Il y a tant d'anémies cérébrales depuis quelque temps !

(Madame Heiman répète ses explications à voix basse à un monsieur dans l’encoignure du salon.)

LA VIEILLE PARENTE.

Quelle est cette dame qui a l’air si intime ?…


UN MONSIEUR.

Je ne sais pas… une madame Hermann… Heiman… un nom israélite… Il n’y a que des Israélites pour devenir des amis intimes en cinq minutes.


UNE PETITE JEUNE FILLE, à sa mère madame de Rouvray.

Pff ! en voilà une révolution ! Cette Jeannine ! C’est de la pose !… Mais oui, elle adore faire son intéressante. Je ne la connais pas d’hier, tu penses ! Tiens, tu demanderas à Georgette ! Est-ce qu’elle ne fait pas ses embarras tout le temps, à la pension ? Elle est trop gâtée, voilà… Et jalouse, quand on ne s’occupe pas d’elle ! Est-ce qu’à la représentation des grandes, quand on a joué Vercingétorix, il y a quinze jours, elle ne vint pas faire des histoires parce qu’on lui avait distribué le rôle de Celtill ! Elle a piqué une crise de nerfs. Elle voulait à tout prix jouer Vercingétorix.


MADAME DE ROUVRAY.

Le fait est qu’elle a bien mauvais genre, ta petite amie… Cette ferronnière sur le front !


LA PETITE.

Et ses bagues !… Elle en a jusqu’à l’index comme les peintresses de la rue du Berri.


UNE DAME, en s’en allant, à madame Heiman.

Dites bien à madame Dessandes toute la part que j'ai prise…


MADAME HEIMAN.

Je n’y manquerai pas.

(À ce moment, Georges rouvre la porte. Il paraît très maître de lui et sourit.)