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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/214

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JEANNINE, se ravisant et s’efforcant de paraître naturelle.

Tu as raison, il faut que tu t’en ailles. Tu dis une coupe de fruits ?… Oui, une coupe de fruits… je veux bien… Seulement, ne l’apporte que dans un quart d’heure… pas avant… lorsque je serai tout à fait bien… Je vais m’étendre ici sur le canapé. C’est compris ? Pas avant un quart d’heure ?…


ISABELLE.

Capricieuse !…

(Elle s’éloigne, Jeannine s’allonge sur le canapé et alors on entend comme une plainte.)

JEANNINE.

Sœurette ! sœurette !… quel dommage !…


ISABELLE, se retournant.

Oh ! un reproche ? Encore !


JEANNINE.

C’est parce que je t’aime tant !… tant ! T’occupe pas de moi maintenant, ne t’occupe plus. (Quand Isabelle va passer la porte.) Isabelle !… regarde-moi encore, gentiment… de la porte… là, comme ça… Va, maintenant, va ! (Isabelle est partie. Seule, d’une voix étranglée, Jeannine appelle encore.) Isabelle ! Isabelle !… Oh !

(Elle se met à trembler fiévreusement des mains. Un moment se passe. Alors on la voit se relever, dégrafer son corsage, y prendre une enveloppe qu’elle cachète avec un soin extraordinaire. Elle remet la lettre dans son corsage, regarde si on ne la voit pas, puis se sauve à pas précipités par la porte de droite.)


Scène XI


ISABELLE, puis GEORGES.


VOIX D'ISABELLE.

Non, non, ne vous dérangez pas, ce n’est rien.

(Elle entre, avec à la main une coupe sur une assiette.)