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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/208

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de tout dans ma vie ? Je sais bien, à la place j’éprouverais aussi ce petit sentiment de jalousie mais, ma chérie, ma chérie, peux-tu penser !… Tournez votre figure par ici… Est-ce que je ne l’aime pas plus que tout au monde !


JEANNINE.

Oh ! tu dis ça, tu dis ça !


ISABELLE.

As-tu besoin que je te le répète, enfant.


JEANNINE.

Si j’étais sûre de cela, au moins, bien sûre ! Tu m’aimes plus que tout au monde ? Songe bien à ce que tu dis.


ISABELLE, dans un élan.

Ah ! quand ma vie ne l’aurait pas prouvé, quand je ne t’aurais pas donné la becquée jour par jour, ne peux-tu lire en cette minute dans mes yeux que c’est toi l’adorée ! Ne sais-tu pas que c’est ta faute s’il ne reste plus rien pour les autres ?


JEANNINE.

Plus rien ?


ISABELLE.

Parole, va, pas grand’chose ! Tiens, je suis flattée au fond, de cet acte de jalousie ; j’y comptais un peu, je te dirai. (Elle rit.) Embrasse… Ô Ninette, s’il avait fallu pour t’épargner une grande peine quelconque, sacrifier ce mariage, je n’aurais pas hésité.


JEANNINE.

Ah ! Sacrifier à moi, rien que pour moi ? Et cependant, c’est ton bonheur ce mariage ! Je dois te paraître bien égoïste en ce moment, hein, Isabelle ?… C’est ton bonheur ?


ISABELLE.

Voyons, comprends… Il y a des choses embarrassantes… beaucoup plus difficiles à expliquer à une petite fille qu’à d’autres.