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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/198

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Tiens ! il pleut !… La bonne pluie d’été qui crève sur Paris ! C’est moite et doux… Que t’en vas-tu chercher ailleurs ?


PIERRE.

Peut-être pas l’aventure… mais des ciels moins gris que les nôtres, tu vois… (Georges lui tape sur l’épaule en riant.) Eh ! oui, mon vieux, c’est ainsi.


GEORGES.

Soit ! Je ne t’envie pas tant de jeunesse.


ISABELLE, de loin en préparant le thé que le domestique a apporté.

Bien. Grondez-le à votre tour, Georges… Parfaitement, vous avez besoin d’être grondé ; on n’est pas plus romanesque.


PIERRE.

Oui, mais on devient trop distingué ; ça m’inquiète.


GEORGES.

Tu es amer.


PIERRE.

Tu ne sens pas ça, toi ? J’ai besoin d’aller voir des haillons… de beaux haillons qui aient vécu…


ISABELLE, l’interrompant.

Du thé, mon ami ?

(Elle lui présente une tasse et le sert.)

PIERRE.

Oui… du thé… (Avec un sourire en la regardant.) Merci pour le sucre.


ISABELLE, près de lui, à mi-voix.

Ah ! Pierre, si romanesque vraiment !… et si peu… moderne !


PIERRE, très haut, exprès.

Comme vous avez joliment dit ça ! Tout un petit monde d’ironie et de fatuité là-dedans. Si, si, moderne, au contraire… à satiété… Hé oui, les appartements deviennent trop confortables… la vie est trop caoutchoutée… Je m’y sens trop bien préservé contre tout,