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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/193

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mettrais pas de parler ainsi. N’est-ce pas qu’elle a un visage délicieux, un visage qui vous saisit dès l’abord comme certains parfums… La petite aussi est intéressante… vous verrez ! (Ironique.) Ah ! ce sont deux sœurs accomplies. Je ne sais pas ce que cela veut dire au juste, mais l’expression me plaît. Elles sont « accomplies ».


MADAME HEIMAN.

Y a-t-il longtemps qu’ils s’aiment ?


PIERRE.

Ce détail les regarde exclusivement. S’ils s’aiment, ce doit être depuis longtemps, sinon c’est une vieille amitié qui… qui… s’achève… (Sourire.) C’est très peu intéressant.


MADAME HEIMAN.

Maintenant, un conseil, Pierre. Dans notre position, Victor et moi, ne devons-nous pas…


PIERRE, haussant les épaules.

Peuh ! elle est au-dessus de ces préjugés. Allez en confiance… Et, quant à moi, il est temps que je file me coucher.


MADAME HEIMAN.

Déjà ?


PIERRE.

Mais oui, ma chère ; vous n’avez pas l’air de vous douter que je prends le paquebot demain à Bordeaux. J’en ai pour plusieurs jours de tangage.


MADAME HEIMAN.

Ah bah ! personne ne m’avait prévenue. Le tour du monde ?


PIERRE, vague.

Un voyage de quelques mois. Je vais aller jouer au lazzo, chez un oncle, dans l’Amérique du Sud.