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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/19

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les rapports judicieusement observés entre le spectacle tangible et le spectacle intangible, entre les rayons visibles et les X mystérieux de nos sentiments. Ce lyrisme qu’il dénomme exact, l’auteur personnellement s’est toujours fait une loi de l’observer depuis qu’enfant il confia ses premières impressions au miroir des cahiers. Que ce soit en vers ou en prose, notre sincérité doit être immense. Elle n’y perdra pas en intensité, et c’est dans ce flot pur et vierge que nous renouvellerons désormais les forces un peu usées et déviées de notre littérature.

Il faut ajouter pour être juste que la jeunesse pensante qui se lève actuellement ne paraît guère préoccupée de ce rajeunissement ; jamais les formes usagées n’ont sévi avec plus de monotonie ; le bavardage et la divagation de l’autre tentent un dernier effort désespéré et rétrograde. Est-ce l’intimidation des milices aînées, du gérontisme éternellement puissant, est-ce incapacité de mieux faire ? Il n’y a d’ailleurs pas à s’inquiéter. L’évolution ne peut dévier de sa ligne de progrès, pas plus que l’inspiration de l’écrivain ne saurait être détournée de sa loi et de son chemin rationnel. L’avenir est là qui porte en lui toute l’expression moderne et l’infaillibilité de son génie nouveau.

Avec le monde intérieur, le monde extérieur, leurs relations et leurs positions respectives, voilà la grande réalité et voilà l’étude ; elle n’est pas commode. Le romantisme ignora l’une comme l’autre, la vérité intérieure comme la vérité extérieure ; le réalisme ne voulut connaître que la seconde ; les psychologues fragmentèrent à l’infini quelques parcelles de la première ; quant au symbolisme, lui, il se réfugia dans les abstractions pures, à égale distance de l’une et de