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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/188

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VICTOR.

Mais non, mon chéri ; je te l’ai déjà dit, Isabelle est une femme sans préjugés. Je la connais bien. Elle trouverait ridicule que nous nous gênions… On nous recevra en petit ménage… au moins dans l’intimité… Elle te plaît, la mariée ?


MADAME HEIMAN.

Oui, mais pourquoi cette idée de recevoir le soir de la messe de mariage ? Ça ne se fait plus. On dirait une noce de boutiquiers.


VICTOR.

Justement, pour cela même, parce que c'est province ! Ah ! on voit bien que tu ne la connais pas… Elle tient à ce genre ; c’est de la pose à rebours… Au fond, malgré ses airs modernistes, regarde son buste (Il montre un buste de femme sur la cheminée.), elle est très Fanny Lear… très Piano de Berthe… Tiens, un détail, la petite sœur s’appelait Jeanne, elle en a fait Jeannine ! Toute une époque. Est-ce assez second empire ? Et puis, elle se serait fort bien contentée du lunch… mais cela veut dire aussi autre chose, cette soirée.


MADAME HEIMAN.

Ah !


VICTOR.

Tu n'as pas compris ?… Il faut bien mettre en évidence que c’est un mariage de raison… qu’on se couchera très tard et qu’elle s’en fiche… qu’elle se marie avec un vieil ami.


MADAME HEIMAN.

Vous êtes tous ses vieux amis.


VICTOR.

Oh ! pas le moindre d’entre nous ne peut se flatter de la moindre privauté, tu sais !… C’est une vertu !… En somme, sa position d’orpheline jadis, de vieille fille maintenant, et surtout l’éducation de sa sœur, l’ont entraînée à ces allures libres de camarade… Elle a été la camarade, — trop rare espèce de femme ! — et c’est