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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/18

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les fautes grammaticales, les incorrections, les solécismes courants (la beauté verbale du théâtre n’est pas du tout la même que celle du livre), les synthèses d’expressions, les ellipses furieuses, le flou de la parole, répétitions, scories, enfin, tout le ciel changeant des mots. C’est à nous de les grouper, de les associer, tout en ne faisant pas déchoir le style.

Voilà notre littérature. Elle est compatible au suprême degré avec la vérité. Vérité ne veut pas dire seulement vulgarité ; elle a des faces sublimes et le théâtre peut parfaitement aller même jusqu’au lyrisme, à condition que ce ne soit pas l’exaltation verbale qu’on entend généralement par ce vocable, l’ivresse des mots qui nous vient de ce fâcheux romantisme dont le théâtre porte encore la tare ! À ce lyrisme-là qui n’a que trop sévi et qui tente de parvenir à l’intensité par le leurre des épithètes entassées et la divagation des images, il faut substituer ce que j’appellerai le « lyrisme exact » et qui est bien le fils direct des vérités artistiques que nous proclamons ici. À vrai dire, ce n’est point encore la foule qui revendique pareille métamorphose ; elle est celle qui se délecte encore souvent du mensonge et du clinquant avec des yeux d’enfant crédule, et la légion n’est pas décimée des spectateurs qui applaudissent encore et frémissent, lorsque nos Francillons tonitruent : « Il me semble que j’ai passé la nuit sur les dalles froides de la Morgue et le cynisme de mon aveu n’est que le dernier soupir de ma dignité perdue ! »

Oui, l’état d’âme lyrique existe aussi bien que tel autre ; il faut seulement désormais lui trouver sa juste expression. C’est, comme je le disais, par le rapport exact et étudié entre les vérités extérieures et le mouvement intérieur de l’âme que nous y atteindrons ; par