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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/178

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GENEVIÈVE.

Mon Dieu, faites que celui que j’aime ne revienne jamais… Comme il était proche !


ANDRÉ.

Proche, tout proche de toi, et changé, tu verras, métamorphosé. Un homme pour lequel une femme a fait ce que tu as eu le courage de faire ne peut plus être le même… C’est évident… ne proteste pas… c’est l’évidence même…


GENEVIÈVE.

Ah ! ne t’illusionne pas, André ! Il y avait de l’égoïsme… J’étais si lasse !… J’allais vers l’ombre de la vieillesse, toute seule… c’était bon, c’était reposant…


ANDRÉ.

Mais, moi aussi je veux vieillir, je m’engage à vieillir…


GENEVIÈVE.

La liberté ne lâche pas ainsi ceux qu’elle a tenus toute leur vie !… Tu sais bien que tu ne peux pas m’aimer mon pauvre garçon !


ANDRÉ.

J’ai quarante ans ! Je ne les avouais pas… Ç’a été la cause de tout ! Et j’en aurai si vite cinquante !


GENEVIÈVE.

De quoi souffrir une éternité.


ANDRÉ.

Nous verrons bien ! Et d’abord tout de suite je vais te donner la preuve de ce que j’avance… Je romprai dès demain matin, avec cette petite Dartier, nettement, sans tergiverser… Certes, elle va beaucoup souffrir, cette enfant… Tu ne te doutes pas à quel point elle s’était attachée à moi… Eh bien ! même si ce doit être un coup terrible pour elle, j’aurai ce courage…


GENEVIÈVE, souriant tristement.

C’est épouvantable !


ANDRÉ.

Et ce n’est qu’un commencement ! Le reste me regarde… Je te dis que tu ne me connais pas !…