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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/174

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pouvons regarder nos visages. (Il rallume l’électricité et regarde André bien en face.) À tes ordres, André. (André ne bouge pas.) C’est étonnant comme la lumière ça éblouit !


GENEVIÈVE, se dressant du canapé dans un cri de rage.

Il ment, il ment !… Vous ne sentez donc pas qu’il ment, le lâche… J’ai été à lui.


ANDRÉ.

Geneviève !

Geneviève retombe, écroulée, ne pouvant plus continuer de parler.)

FÉLIX.

Voyez-vous, mes enfants, c’est très joli de jouer à l’amour. C’est tout de même très embêtant pour vos amis… Garçon ! (Il frappe sur une coupe avec sa bague.)


ANDRÉ.

Que veux-tu faire ? N’appelle personne.


FÉLIX, narquois, feignant de répondre à son mouvement en avant.

Laisse-donc, je t’en prie… Comment donc ! Trop heureux… Une bagatelle… Ça fait, garçon ?


LE GARÇON, qui vient d’entrer.

Cinq cinquante.


FÉLIX, allongeant la monnaie tout en parlant.

C’est pour rien… Oui, voyez-vous, mes amis, la vérité, c’est que vous êtes des gens d’une autre espèce… des artificiels, les gens du masque… (Au garçon.) Gardez, gardez, mon ami. (Pendant que le garçon sort.) Vous avez perdu le sens des réalités ordinaires. De la vie, vous faites une pièce. Vous employez de mauvais moyens de comédie, des ficelles auxquelles vous êtes seuls à croire. Geneviève a usé à ton égard du plus mauvais des trucs ; tu l’aurais dédaigné pour tes pièces ? Jamais un autre homme qu’un auteur dramatique ne s’y fût laissé prendre ! Évidemment, cette vie de chimériques, c’est intéressant… de loin… mais justement vous êtes