Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/173

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




Scène XII


FÉLIX, GENEVIÈVE, ANDRÉ.

(André s’est arrêté, comme ne sachant pas s’il doit passer ou rester. Il demeure une seconde dans l'attitude d’un homme qui attend que l’on bouge ou s’écarte devant lui. Puis il se décide.)

ANDRÉ.

Vous êtes un goujat, monsieur. Je vous cherchais, d'ailleurs… Nous avons quelques comptes à régler.

(Il marche vers Félix la canne levée, Félix, qui a vu le mouvement, précipitamment tourne le bouton électrique qui est à portée de sa main sous la table. La lumière des lampes s’éteint. Obscurité.)

FÉLIX.

André, je t’épargne un vilain geste et une sotte action. Ne bouge pas… Tu te couvrirais de ridicule. (André s'avance à tâtons dans l’ombre.) Prends garde, tu vas te cogner contre un meuble… ce sera idiot… Écoute une seconde, une seconde seulement… et je rallume. Mais laisse-moi profiter de cette obscurité, où nous ne voyons pas nos visages, ce qui vaut mieux, car nous aurions honte d'être si grotesques, pour te dire une chose, une chose vraie et fort simple. Après quoi je rendrai la lumière, et si tu ne te juges pas satisfait, nous pourrons nous colleter à loisir. Je suis à ta disposition pour et quand il te plaira… André, ta femme t’a menti… Elle te mentira peut-être demain… mais elle na jamais été ma maîtresse… elle ne m’a pas aimé… De cela je te donne ma parole d’honneur la plus sacrée. Elle n’a jamais été la femme d’aucun autre homme que toi… Les sanglots que j’entends dans l’obscurité, près du canapé, ne me démentiront pas… Tu vois, c’était simple à dire. Cela s’est passé comme au confessionnal, dans l’obscurité… aucun de nous n’a eu à rougir. Maintenant, nous