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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/170

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FÉLIX.

Hein ?… Vous ne vous jouez pas de moi ?… Ah ! cette chance-là, par exemple, cette chance !… Et vous me dites cette petite phrase-là sans préparation, en grignotant un sandwich !… Moi, il me semble que la terre va s’arrêter de tourner, tout simplement ! Geneviève, répétez encore, pour voir…


GENEVIÈVE.

Ma chambre sera ouverte cette nuit. Eh bien, quoi ?


FÉLIX.

C’est qu’elle le répète encore, avec ses lèvres adorables !… Et cette promesse, cette offre de vous, si simple, faite, à mi-voix, entre deux portes, dans le va-et-vient d’un hôtel, mais c’est plus divin à entendre que tout ce qu’on peut imaginer !… Le mariage, cela me paraissait beau, loin, vague ; je n’osais pas préciser. Et puis tout d’un coup, sans transition, à l’avance, c’est vous qui vous offrez !… Mais vous ne vous doutez pas de ce que vous exaucez… Vous ne saviez pas !… Vous croyiez que je vous chérissais en bon toutou… que j’étais le Félix sentimental, le Félix banal si répandu, si indispensable à tout ménage qui se respecte au vingtième siècle. Ah ! quelle erreur, mon amie !… Maintenant je peux bien le dire pour la première fois, je vous ai désirée follement, passionnément, sensuellement, j’ai souffert de votre corps, de votre chair…


GENEVIÈVE.

Taisez-vous, taisez-vous ! mon Dieu !


FÉLIX.

Goulûment… tout à fait. Je n’aurais jamais osé vous le laisser comprendre avant ces paroles bénies que vous venez de prononcer. Vous n’avez jamais pu sentir mon désir vous effleurer, avouez-le ? Pourtant par moments, ma parole ! c’était tragique… Que de fois j’ai failli vous saisir au passage, avec une fringale de pauvre !… Pourquoi retirez-vous votre bras ?…