Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/165

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



NETCHE, accourue.

Quoi ! que se passe- t-il ?…


GENEVIÈVE.

Quelqu’un, quelque chose, je ne sais pas, lui aura fait comprendre… donné des doutes… Qui ?… Vous seule au monde et Félix savez la vérité… Il m’a sommée de lui fournir une preuve que ma liaison n’était pas feinte. Sinon, d’ici demain il aura provoqué son ancien ami… et alors, alors tout est fini, Netche ! Ils s’expliqueront !… Et jamais Félix ne voudra consentir à soutenir le mensonge, à lui affirmer…


NETCHE.

Que vous êtes sa maîtresse ? Ça, bien entendu… Vous pouvez perdre toute illusion de ce côté. Dame !


GENEVIÈVE.

Oh ! je le sais bien. Vingt fois déjà je l’ai empêché de se disculper. Le jour de notre rupture, pendant qu’André parlait, j’ai eu envie de crier : « Ce n’est pas Félix, c’est un autre ! » Mais heureusement je ne l’ai pas fait… c’eût été aviver le soupçon !… Dieu m’est témoin que lorsque je me suis fait arracher cette lettre improvisée, pas une minute je ne pensais que cet aveu pouvait retomber sur Félix. Plus tard, lâchement, j’ai laissé croire… c’était fait ! Maintenant, dans l’état de clairvoyance où est André, revenir sur cette légende, c’est encore plus dangereux. Ah ! le seul obstacle que j’avais mis entre nous s’écroule, nous reprendrons le collier de misère, et pour la vie !…


NETCHE, brutalement.

Eh ! bien, quoi ?… Quel mal y vovez-vous ?


GENEVIÈVE.

Vous êtes folle !… Cela jamais !… Et ce qu’il y a de plus malheureux dans cette rencontre, de plus enrageant, c’est que ce mensonge, mensonge autrefois, n’en est plus un maintenant… Il est vrai jusqu’à un certain point, puisque me voici à la veille même d’épouser