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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/15

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Expliquons-nous, et avec le moins de pédanterie possible, — ce qui n’est pas commode.

Nous appelons vérités extérieures les apparences exactes et proportionnelles des choses, tout ce qui est tangible et énoncé dans la nature ; c’est aussi bien le langage parlé que le spectacle ambiant, leur amalgame. Cela, c’est l’armature même du théâtre.

Nous appelons vérités intérieures le secret des êtres, ce qui bouillonne en l’individu et qu’il n’exprime pas directement ; ce sont aussi les sphères inconscientes de l’être. L’homme ne s’exprime entièrement dans la vie qu’à de rares occasions. Ce qu’il dit n’est généralement qu’un aspect de lui-même, un rapport momentané de soi avec les êtres et les événements.

Tout ce monde muet et mystérieux ne constitue-t-il pas l’intérêt le plus intense de la vie ?

Voilà l’autre grand rôle admirable ? Comment l’atteindre, dites-vous, dans un art justement tout de surface et d’apparence comme le théâtre, et où il est interdit de décrire ?

Ah ! précisément, c’est là tout le génie du théâtre. Il est elliptique… Par des cris, des mots, des portes ouvertes sur l’âme, des synthèses merveilleuses et vraies, il conduit le public jusqu’aux ondes obscures et vivantes de l’être, sans pour cela nuire le moins du monde à la réalité extérieure et à la vraisemblance orale que nous voulons complète chez nos personnages.

Nous avons pour parvenir à cette fin deux langages qui correspondent exactement à ces deux états « extérieurs » et « intérieurs », le langage direct et le langage indirect. Le langage direct, — est-il besoin de le définir ? — c’est celui que nous employons pour exprimer sans détour nos désirs et nos sentiments. Cela