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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/131

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(Leurs yeux se rencontrent tout à coup. Le regard se prolonge. Félix fait un mouvement brusque, un haut-le-corps véhément.)

ANDRÉ, lui mettant la main sur l'épaule en souriant.

Ah ! permets… es-tu fou ? Je ne te soupçonne pas… je te prie même de ne pas te défendre… Non… seulement, je m’interroge… Ton défaut de surprise à l’instant… ton attitude… gênée (Nouveau mouvement de Félix.), mais oui, gênée… ces paroles échangées à voix basse… cette lettre après ton brusque départ…


FÉLIX.

Oh ! arrête-toi !… Tu ne peux pas te douter à quel point cette scène va être ridicule !… Arrête-toi…


ANDRÉ.

Tu es fou ? Est-ce que j’en doute ?… Non… seulement il suffit qu’une minute, une seule, tu comprends ? ce soupçon soit admissible, pour qu’il empoisonne à jamais notre amitié et nos relations… Un tel soupçon serait en effet ridicule, intolérable, grotesque… Et dans l’impossibilité où nous sommes actuellement, toi d’une justification, moi d’une preuve… il vaut mieux remettre à plus tard le plaisir de nous revoir.


FÉLIX.

Je te répète, André, que tu es insane en ce moment !…


ANDRÉ.

Écoute… je suis à un grand moment de ma vie, un moment décisif et terrible… où il faut d’un coup net que je sépare le passé de l’avenir… Je n’ai le loisir ni de m’attarder, ni de réfléchir, si je veux me sauver… et je me sauverai… Avec cette femme s’en va toute une moitié de ma vie que je ne connais déjà plus. Demain je mettrai de l’ordre dans tous ces événements, je réfléchirai, je m’amenderai, mais aujourd’hui, il faut faire maison nette… Je te demande pardon, mais que ce qui appartient au passé soit au passé !… À quelque titre que tu en fasses partie, confident ou… autre, je sens