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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/123

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ANDRÉ, très calme.

Qu’est-ce que c’est que ça ? (Il lit à haute voix.) « Ne soyez plus malheureux… Je vous l’ai caché à vous comme à tous pour ne pas vous causer, peut-être, de joie trop prématurée… oui, je pars, mon ami… Je quitte cette maison… À cinq heures, je ne serai plus là… J’emmène Félicie… Attendez-moi demain mardi où vous savez… Dieu m’est témoin que lorsque je me suis donnée à vous, mon ami… (André relit la phrase.) c’était plus par vengeance que par amour… j’ai beaucoup souffert depuis de ma faute… mais maintenant je suis trop meurtrie, j’ai besoin de me réfugier auprès de votre tendresse… » (Un temps. Éclatant de rire.) Non, c’est trop bête !… C’est vraiment trop simplet !… Il faut trouver autre chose, ma petite ! Chercher à exciter ma jalousie avec des trucs aussi enfantins ! Ah ! ma pauvre fille, si tu crois que nous en sommes encore là !…


GENEVIÈVE.

Tu as raison… C’était de ma part un enfantillage ridicule… Je ne sais pas ce qui m’a passé par la tête… Rends ce bout de papier. Je suis confuse.


ANDRÉ.

Cependant que veut dire : à cinq heures je ne serai plus là ?… Oh ! je te demande cette explication pour te montrer à quel point l’invraisemblance était criante… Tu ne réfléchissais pas que l’on ne part pas ainsi dans la vie, sans bagages, sans… Au fait, pourtant, qu’est-ce que cette malle que j’ai vue avant notre explication de tout à l’heure, à ton palier.


GENEVIÈVE.

Oh ! une coïncidence… voilà tout.


ANDRÉ.

Allons, voyons, voyons… Geneviève, tu n’as jamais menti, du moins je l’ai toujours cru ainsi. Je fais appel à ta loyauté, en ce moment… Trêve de plaisanteries de mauvais goût. Je te prie, je te somme de répondre