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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/12

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tants et elle continue de faire notre constant remords comme notre meilleure inquiétude.

Cette difficulté que nous éprouvons à pénétrer un si patient modèle ne provient pas seulement de notre indignité personnelle. Le goût des contemporains, l’ostracisme rétrograde du public (des critiques surtout car le public ne demande qu’à être persuadé), voilà les principaux fauteurs. Ensuite, il faut bien ajouter que la vérité est terriblement protéiforme et que chaque époque, tour à tour, s’en fait une conception différente. Il est en effet curieux de constater que c’est en son nom que se sont opérées toutes les révolutions ; chaque drapeau a porté, l’un après l’autre, cette inscription merveilleuse en lettres d’or : Vérité. — Cela n’a empêché ni les erreurs, ni les faillites de programme. La vérité échappe toujours. Et, cependant, bien que nous n’arrivions même pas à nous entendre seulement dix ans de suite sur sa définition, elle est une, elle existe. Voilà qui est certain et nous vivons de son atmosphère. Elle est compatible avec l’art qu’elle baigne tout entier de son effluve. Elle constitue notre seule sauvegarde à nous, auteurs, comme elle engendre notre pire châtiment. On pourrait l’appeler notre pain quotidien. Efforçons-nous donc encore et toujours de l’étreindre de plus près et de la traduire suivant l’idée momentanée que nous nous en faisons.

Quel avenir est réservé à cette recherche ? On ne saurait le dire ; mais à cause pourtant de la passion même que nous apportons à rendre l’expression de plus en plus nuancée de la vie, il est facile de prévoir que les révolutions qui se produiront désormais dans le domaine de l’art seront toutes de sagesse et de sincérité. Ce seront des révolutions de raison. Elles ne s’écriront plus à coups de préfaces de Cromwell ; et