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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/117

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coin n’agirait pas ainsi, certes, mais moi, j’ai été à une école plus… relevée ? Je suis de la classe des grandes, moi… Sublime ? Mais c’est un calcul de femme rangée, Félix !

(Et elle sourit.)

FÉLIX.

Comme vous connaissez le cœur humain !


GENEVIÈVE.

Ce n’est pas le privilège exclusif des littérateurs ! Et pourtant, tout à l’heure, il m’a traitée comme une simple, avec tout le mépris possible… S’il savait ! C’est lui le naïf ! (Un grand soupir.) Ah ! si j’avais été heureuse, mon ami, j’aurais fait une femme charmante et j’aurais été une maîtresse très habile. Hélas ! il a fallu me résigner à cultiver pour moi seule l’intelligence de mon amour.


FÉLIX.

À ce point là, bigre, c’est de l’art ! Je dirai même de l'art… dramatique ; car c’est toute une intrigue, pareille à celles qu’il imagine, que vous allez fabriquer là…


GENEVIÈVE, avec amertume.

Il m’a appris le métier. Oui, au milieu de tous ces masques de comédie qu’il amoncelle autour de lui, ce soi-disanl apôtre de la Vérité toute nue, eh bien, je vais à mon tour en ramasser un… Je le mettrai sur mon visage pour la vie… C’est ce masque-là qui sera désormais entre nous, et il ne verra plus jamais, Félix, le beau visage qui était derrière. (Elle passe les mains sur son front.) Et maintenant, partez vite, je n’ai que le temps…


FÉLIX.

Comment allez-vous vous y prendre ?


GENEVIÈVE, très rapidement.

J'ai plusieurs moyens… de mauvaise comédie. Je vais en essayer un… le premier venu. S’il ne réussit pas, je passerai à un autre… C’est hasardeux !… Mais un imaginatif comme lui se laissera facilement prendre à ses