Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/113

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la perspective de la décrépitude irréparable. Nous deviendrons irrémédiablement vieux et sans joie… il se teindra la moustache tandis que je maquillerai la trace de mes soucis… nous aurons une de ces affreuses vieillesses d’artistes… je ne connais rien de plus laid… comme ces vieux couples sacrilèges que l'on se montre du doigt et qui sentent l’amour et la mort… beuh ! la saleté !… Au plus vite, au plus vite, Félix !


FÉLIX.

Réfléchissez, réfléchissez, Geneviève !


GENEVIÈVE, souriant à nouveau du même petit sourire léger et simple.

Vous voyez bien qu’il n’y a pas à insister… Mes malles sont faites et regardez mon calme… Et encore je viens, à l’instant, de m’énerver un peu… Vous ne pouvez pas me blâmer de partir, voyons, vous qui me l’auriez déjà conseillé, si vous l’aviez pu !


FÉLIX.

Oh ! moi, je ne suis pas en question !


GENEVIÈVE.

Et ce sera sans rémission… Il n’y aura pas de rapprochement possible… Vous-même, pendant un certain temps, vous ne saurez pas où je suis… J'emmène Netche.


FÉLIX.

Mais, que va-t-il arriver ici ?


GENEVIÈVE.

Ah ! Et puis approuvez ou n’approuvez pas, cela m'est bien égal !… Vous préféreriez sans doute me voir victime jusqu’au bout de mes forces, c’est possible, mais vous ne me contesterez pas le droit d’exister un peu pour mon compte, tout de même ?… Et puisque André restera André, qu’il n'y a pas d’espoir qu’il change… Oh ! je ne sais pas ce que le fait de traverser la rue de là à là m’apportera de bonheur… mais peu m’importe !… Il ne saurait y avoir, momentanément, de plus grand bonheur pour moi que la délivrance…