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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/108

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GENEVIÈVE.

Cher mensonge alors, celui qui m’a si longtemps entretenue de toi. Je ne te demandais pas autre chose que la grâce de ce mensonge et l’illusion de cet amour.


ANDRÉ.

Et moi, je veux la vérité… Ah ! si nous pouvions nous débarrasser de cette sincérité toute faite et de convention, comme nous nous sentirions émus et plus rapprochés justement par la mélancolie de notre distance ! Comme tout n’en irait que mieux !


GENEVIÈVE, secouant la tête.

Non. Il n’y aurait plus de bonheur.


ANDRÉ.

Qui sait ? Ce ne serait peut-être qu’une habitude à prendre. Comme tout s’éclaircirait alors en nous et prendrait sa véritable importance !… (Changeant de ton.) En tout cas, je la veux pour moi, cette vérité ; j’ai foi en elle… Résigne-toi à cette franchise. Il faudra que notre union s’y plie ou… (Avec hésitation.) qu’elle casse… Je veux le libre développement de ma conscience et de ma carrière. Je t’aimerai comme je t’aime… et si je t’aime un jour ainsi que tu le désires, tu ne le devras qu’à ma liberté… Tâche de t'éduquer à cette lumière, qui sera coûte que coûte… il le faut !


GENEVIÈVE, avec élan.

Et crois-tu donc que tout cela, je ne me le sois pas dit !… Et même ce que tu n’oses pas dire plus clairement… que, de nous deux, toi seul dois être heureux, parce que toi seul es digne de l'être, parce que toi seul vaux quelque chose, que mon destin à moi doit s’effacer devant le tien… et que cela est juste parce que tu es fort et beau, et qu’il faut que tu crées, et que mes larmes ne peuvent pas compter dans la balance… Ah ! tout cela et bien d’autres choses, je me le suis dit ! Mais humainement, pratiquement, comment faire ? Et tu le sais si bien que tu restes dans les généralités, dans les