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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/98

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ALONSO.

Tu sais, les poètes sont toujours excessifs.


DON JUAN.

Les poètes sont les vrais historiens… Ainsi, voilà ce que j’étais et je ne m’en doutais pas !… J’éprouve pour moi une considération infinie !… Quelle heure d’apothéose !

(L’assistance se clairsème.)

ALONSO, (s’asseyant sur les marches de la chapelle.)

Voyons, maintenant, camarade, réfléchissons deux minutes… car il serait imprudent de sortir avant que l’église soit vidée tout à fait !… Je me sens un peu courbaturé… Donc, ce soir encore nous couchons aux portes de Séville… Nous partons demain… Huit jours sont nécessaires pour accréditer le bruit de ta mort… la prudence l’exige… puis tu sors de la trappe dans un éclat de rire… et… Tu ne m’écoutes pas ? Qu’as-tu donc ?


DON JUAN.

Je ne sais… une mélancolie atroce à l’idée que c’est fini !… Ce tribut d’hommages divers ne m’était pas désagréable du tout… et, tout à coup, plus rien !… Je ressens comme un vide à l’estomac… C’est peut-être l’envie de déjeuner !…


ALONSO.

Peut-être… On a toujours faim après un enterrement.


DON JUAN, (souriant péniblement.)

Même après le sien, tu crois ?


ALONSO.

Encore plus !