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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/93

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DON JUAN.

Je voudrais bien savoir quel rapport tu pouvais bien entretenir avec ce hautain gentilhomme ?


LE CUL-DE-JATTE.

Je l’avais rencontré un jour qu’il était si gai, si gai qu’il m’avait fait pitié… Ce seigneur me donna un louis d’or en me disant : « Je te le donne par amour de l’humanité »…


DON JUAN, (se rappelant tout à coup.)

Mes bonnes actions perdues accourent elles-mêmes au rendez-vous !


LE CUL-DE-JATTE.

Alors, je viens prier pour lui.


ALONSO, (revenant.)

Même lui…


DON JUAN.

Tiens, misérable parmi les grands de ce monde, prends cette bourse, mais à une condition.


ALONSO.

Autrefois, il m’avait imposé celle de blasphémer !


DON JUAN.

Aujourd’hui, c’est que tu te traînes à travers cette foule chamarrée. Va, saisis fortement le goupillon, et toi, pauvre, jette ta goutte d’eau sur le catafalque !


ALONSO.

Place, Messieurs, pour ce pauvre homme, je vous prie… Faites-lui place !

(Et le cul-de-jatte s’en va à travers les jambes des assistants aidé par Alonso. On voit défiler, dans la nef, tous ceux qui vont à l’aspersion. Une femme s’adresse à la vendeuse de cierges, devant le pilier, et en achète un qu’elle allume et place sous la statue de la Vierge.)