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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/88

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DON JUAN.

Il y a des jours où j’étais assez content de ce gaillard-là !… Mais il me portait ombrage.


UNE FILLE, (avec un grand soupir.)

Ah ! comme je le regrette !…


DON JUAN, (lui prenant la taille.)

Le joli cri que tu viens de pousser là, petite !… Oui… regretter ce qu’on ne connaît pas… c’est le plus bel amour !…


UNE AUTRE FILLE.

La mort d’un être comme lui nous fait toutes un peu veuves…


DON JUAN.

Oh ! mes belles !… Détachez les fleurs de vos cheveux… je les lui porterai de votre part… Donnez, donnez, mignonnes !


UNE FILLE, (détachant doucement les fleurs de ses cheveux.)

Au seigneur Don Juan que nous aimions bien !


DON JUAN.

Merci… Et soyez sûres qu’il les respirera avec joie, avec délice, car il n’aima ici-bas que la beauté et que la grâce… Sa narine sera réjouie de l’odeur de la fleur et de celle des cheveux ! Nulle couronne funéraire n’est plus digne de lui que ces œillets populaires donnés par les femmes de Séville !…

(Le bedeau s’avance, au bruit des rires étouffés, menaçant. Elles se dispersent.)

DON JUAN.

Pour lui !…

(Elle jette une dernière fleur que Don Juan reçoit dans son chapeau.)