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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/80

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LA FEMME, (tressaille. C’est une humble femme, au visage pourtant fardé, la robe couverte de poussière.)

Qui parle ?


DON JUAN.

Vous l’avez bien aimé, celui que vous pleurez ?


LA FEMME, (éclatant en larmes.)

Oh ! Oui !


DON JUAN.

Étiez-vous sa maîtresse ?


LA FEMME.

Il ne me connaissait pas… Il m’aurait dédaignée… Pourquoi m’aurait-il ramassée, lui, si grand, si beau, si célèbre !… Je ne suis, Monsieur, qu’une humble femme, une fille des bas quartiers de la ville… Pourquoi m’aurait-il honorée d’un regard ?


DON JUAN.

Vous l’aimiez depuis quand ? Pardonnez ma curiosité… Sans doute l’approchiez-vous souvent ?


LA FEMME.

Lui ?… Je ne l’ai vu qu’une fois dans ma vie !… C’était dans une fête !… Qu’il était beau !… Il marchait triomphant, souple, admiré… Depuis, j’ai toujours pensé à lui !… Jamais son image ne m’a quitté !… Dans toutes mes actions bonnes, mauvaises ou infortunées, il me consolait… Alors, jugez de mon chagrin quand j’ai appris sa… sa… mort… J’ai fait dix lieues pour venir ici… Dieu soit loué, je suis arrivée à temps !…


DON JUAN.

Vous l’avez rencontré dans une fête, dites-vous ? Il y a longtemps de cela ?