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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/78

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neur à l’amour en disant qu’il est aveugle, alors qu’il est simplement idiot !…


ALONSO.

Mais…


DON JUAN.

À moins encore, c’est possible, cela… que dix ans m’aient à ce point changé !…


ALONSO.

Mais, pour Dieu, comprends, mon ami ! Ce qu’elle aimait, ce n’était point toi-même… c’était l’image qu’elle s’en était composée, et que le souvenir a peut-être déformée…


DON JUAN.

N’empêche que, dix ans plus tôt, elle n’aurait pas eu de doute et se serait précipitée dans mes bras !… Mon ami, je me rincerais bien dans ce bénitier si je savais qu’on y eût versé une cuvette d’eau de Jouvence !…


ALONSO.

Et je partagerais l’ablution avec toi !


DON JUAN.

Qu’est ceci ? (Une femme accourt, s’effondre contre le pilier, sans oser aller plus avant.) Quelle est cette Marie-Madeleine ?… Cette douleur… ces sanglots ?… Est-ce pour moi ?… Elle est tellement tassée, prosternée, que je ne puis distinguer la figure.


ALONSO.

Elle se lève… elle chancelle et retombe…


DON JUAN.

Elle tend désespérément les bras vers le cercueil.