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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/73

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DON JUAN.

Isabelle !… Ce n’est qu’Isabelle, mais cela rassure… Bonne Isabelle !… Brave Isabelle ! (Tendrement.) Comme elle a vieilli !… Cependant, je lui pardonne son teint légèrement couperosé en raison de cette petite visite encore adultère… Dix ans, mon cher… non, neuf… non, dix, parfaitement… que nous habitâmes six jours dans le même lit… sans compter le dimanche, bien entendu !


ALONSO.

Tu vois que toutes les femmes ne sont pas également ingrates et qu’il en est de vertueuses !


DON JUAN.

Elle ne pleure pas…


ALONSO.

Oh ! les larmes sont des manifestations inférieures !


DON JUAN.

Mais ses yeux brillent d’une certaine flamme vive et joyeuse que j’apprécie… Et puis, enfin, c’est bien honnête à elle, après un silence de dix ans, d’être venue donner ce petit signe de vie à un mort !… Ah ! elle n’attend pas la fin de l’office !…


ALONSO.

Elle est peut-être pressée !


DON JUAN.

Ses enfants sont à la maison !… C’est une si bonne mère !…


ALONSO.

Elle fait une discrète sortie par le bas-côté.