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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/58

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DON JUAN.

Ce n’est pas tout… Mon ami avait également coutume de porter sur lui le manuscrit de ses mémoires, auquel il ajoutait quelques notes en cours de route, et…


NUNEZ, (l’interrompant, avec éclat.)

Pour cela, jamais !… Il est entre mes mains, on ne me l’arrachera pas pour un royaume ! D’ailleurs, je rends un service public en mettant la griffe sur ces papiers qui, d’abord, m’appartiennent de plein droit… Il y a là de quoi déshonorer vingt des plus nobles maisons d’Espagne !…


DON JUAN, (ironique.)

Qu’en savez-vous ? Les avez-vous déjà lus ?


NUNEZ.

Il m’a suffi de jeter un regard là-dessus pour apercevoir vingt, trente noms dont un, le mien, m’a fait rugir de colère. Et vous voudriez que je vous livre le récit de ma honte ? Tudieu, monsieur !… J’aimerais mieux en découdre avec vous que de me laisser ravir ce précieux mémorial.


DON JUAN.

Que prétendez-vous en faire ?


NUNEZ.

J’y pourvoirai.


DON JUAN.

Je puis, au nom de la famille et du droit, réclamer la restitution d’une propriété que…


NUNEZ.

Vous dites ? Une propriété ?… À Dieu ne plaise que je vive un jour sous un régime qui reconnaisse la propriété des lettres ! Ce serait une belle tur-