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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/297

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tu as lâché le paquet. Sincère dans l’aveu de tes désirs… sincère dans l’explication de tes refus et peut-être t’accuses-tu encore plus que tu ne le devrais, puisque trente ans nous séparent… Mais tout ce que tu diras sur l’acharnement que tu as mis à détourner tes sens de l’amour, à les satisfaire en dehors de moi, tout cela n’en est que plus affreux… plus irrémédiable… parce que je t’aimais, moi, en amant, le comprends-tu… et que je me moque de ta pitié ou de ta cruauté amortie. À mesure que tu parles, moi, j’ai l’envie de t’étrangler pour tout ce que tu me fais souffrir d’abominable !… Ton amant, oui… ton amant, prêt à te cogner au mur… ou à te casser les reins. Salope !… Tiens !… tiens !…

(Il la rudoie.)

MARTHE.

Mon chéri… mon chéri !…


BARNAC, (la poussant contre la porte.)

Va-t’en, tout de suite… Allez ! Maison nette ! Ou je ne sais plus du tout ce dont je serais capable.


MARTHE, (avec une passion désespérée.)

Mon grand… mon amour !… Je t’adore… je t’adore !… Tu ne sais pas à quel point !… Oh ! ce n’est pas possible, dis, que ce soit fini, nous deux ?… Tu verras, à force, à force, si tu le veux bien, je te ferai oublier toutes ces horribles choses… Jamais plus tu n’auras à me reprocher quoi que ce soit… J’ai été égoïste et lâche, je m’en rends compte, mais tu verras bien que l’amour peut renaître !


BARNAC.

L’amour ?… Tu l’as tué complètement !