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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/289

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BARNAC.

Décidément, tu es figée, Marthon ?… Tu ne comprends pas bien la scène ?… Elle est très belle pourtant, je t’assure… très pathétique… Seulement, il y a quelque chose qui la rend humaine… terriblement… quelque chose que je ne t’ai pas encore raconté, et qui va t’éclairer… tout mettre en valeur… Voilà… Précédemment, on a vu que l’amant en titre… le protecteur… éprouvait des soupçons… Un ami l’a mis en garde contre la trahison… Comme un bon auteur dramatique qu’il est, il a tout de suite organisé un petit guet-apens, plus ou moins machiné… Le métier veut ça !… (Il ricane, puis reprend.) Deux sténos placées derrière une porte… l’une écrit ce qu’elle pourra entendre… l’autre, au fur et à mesure, devra traduire ce que sa compagne aura pris. Tu vois, ce n’est pas très fort !… (La figure de Marthe grimace affreusement. Le corps fléchit.) Il a organisé ce traquenard enfantin, d’abord pour mieux détourner les soupçons de la fine mouche, mais surtout pour fuir cet acte de surveillance dont il a honte… Il est tellement sûr que les feuillets seront la preuve saisissante de l’innocence, il a tellement confiance… il…


MARTHE, (défaillante.)

Est-ce que ?…


BARNAC, (violent.)

Laisse… N’interromps pas, je te prie !… À l’heure dite, il erre dans Paris… le cœur un peu étreint… Tout à coup, il n’y tient plus… Que se passe-t-il là-bas ?… C’est trop bête ce traquenard-là, vraiment !… Quel misérable moyen de vaudeville !… Il rentre chez lui, décidé à avouer