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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/264

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et celle qui riait m’a pincé le menton en disant : « Il a de jolis yeux, ce petit-là !… » Vous ne vous rappelez pas naturellement !…


MARTHE, (amusée.)

Oh ! oui, oui… j’ai un vague souvenir… oui, oui… Oh ! que c’est drôle !… Je vois ça !… Un petit bonhomme qui s’est mis à rougir comme un coq… et qui est resté médusé, avec sa serviette sous le bras… (Elle l’écoute.) Mais comment ce gosse a-t-il su le nom de la dame pressée qui lui flanquait une chiquenaude en passant ?


LE JEUNE HOMME.

Un camarade à côté de moi s’est écrié : « Mais je crois que c’est Dellières… elle lui ressemble en tout cas. » Alors, j’ai été au théâtre où vous jouiez… Je vous ai reconnue.


MARTHE.

Et maintenant, vous reconnaissez jusqu’à mon auto… Ça m’apprendra du reste à dire tout haut ce que je pense et à faire des remarques intempestives… Depuis lors, naturellement, votre chambre au lycée est remplie de mes photographies ?


LE JEUNE HOMME.

Je ne suis pas pensionnaire au lycée, Mademoiselle… Je vis chez mes parents, qui me laissent très libre. (Marthe fait un ah ! d’admiration.) Vous avez deviné juste… Seulement ce n’est pas dans ma chambre que j’ai votre photographie… Tenez… (Il sort gauchement un portefeuille.) Vous voyez que ce n’est pas un fait exprès… Je ne savais pas que je vous rencontrerais un jour…

(Et il prend dans le portefeuille une photographie cartonnée. Il la lui tend.)