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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/251

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JALLIGNY.

Que vous étiez belle, cette année-là, à Deauville ! Et puis si racée… si bon chic… au milieu de tout ce pauvre amas d’élégances couturières !…


MARTHE.

Ah ! maintenant, le bon chic !… voilà qui m’est devenu égal !… Je ne vous offense pas, vous, l’arbitre ?


JALLIGNY.

C’est faux ! Votre captation par le théâtre et par Barnac, votre talent et votre vie d’artiste n’ont nullement compromis en vous ce je ne sais quoi de strict qui est le complément indispensable de l’élégance… la vraie tenue dans la simplicité !


MARTHE.

D’un maître tel que vous le compliment fait toujours plaisir… J’aime beaucoup ces revers roulés de votre jaquette.


JALLIGNY.

Pensez-vous, ma chère !… Je vais chez des nouveaux riches tout à l’heure, et j’ai mis ce que je pouvais trouver dans ma garde-robe de plus criard… Regardez cette affreuse cravate vert pomme ! C’est un plaisir pour moi de bafouer ces gens-là… Ils invitent Jalligny afin de se renseigner sur le vrai bon ton… ce qui se porte… et je leur fourre sous le nez la tenue d’un rasta levantin. J’ai de ces sadismes-là !


MARTHE, (riant de toutes ses dents.)

Je trouve ça très drôle !

(Et, suivant son habitude, elle donne libre cours à sa gaieté, la tête renversée dans les coussins.)