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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/223

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Le petit point grandit, grandit… jusqu’à ce que je distingue une main… une main qui fait de loin : « Bonjour ! bonjour ! » Alors mon cœur se met à battre… le soir devient plus clair… Quelques pas encore… le quai est traversé. Je ne la vois plus… J’attends, je compte les secondes. La montée de l’escalier… trois coups, vite à la porte… Elle est entrée !… Et cette fois, c’est le soleil, la petite joie babillante qui fait invasion, qui se met à vivre près de moi. Tout devient radieux, tout est chaud, tout est bon dans la vie !… Et c’est ça, c’est ce bonheur-là, mon ami, que tu viens de me ravir d’un coup, d’une parole !… Et tu voudrais que je te pardonne ?… Jamais, jamais !… Va-t’en, que je ne te revoie plus… Ta besogne est faite…


GENIUS.

Mais je suis atterré, moi !… Je n’ai obéi qu’à ton insistance. Du moment que tu le prends ainsi, mon pauvre ami…


BARNAC.

Ne reviens plus ici, je t’en prie. Jamais !


GENIUS.

Mais, Barnac, mon vieux, mon vieux…


BARNAC, (violent.)

Non !


GENIUS.

C’est affreux !… Oh !… Mais n’est-ce pas toi-même qui me suppliais à l’instant !… Comment aurais-je pu deviner que ton calme n’était pas sincère ? Alors, nous serions bêtement brouillés… parce que… (Il s’interrompt.) Qui t’assure que je n’ai pas ajouté foi à des potins absurdes ?


BARNAC.

Je t’en prie !