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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/195

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MARTHE.

Mets-toi là… contre le piano. Tu seras bien éclairé.


BARNAC.

Il nous faut l’opérateur officiel… En instantané, les académiciens ne sont pas possibles… Regarde, comme on les voit dans les magazines.

(Il en imite un, la main sur le pommeau de l’épée et, les jambes tirebouchonnantes.)

MARTHE.

La tête seulement… de près… à deux mètres… J’ai mes bonnettes d’approche.


BARNAC, (se mettant en position.)

Elle a tout, cette enfant… des bonnes, des bonnettes !… Tu y tiens beaucoup ?


MARTHE.

C’est pour ma collection… Autrement, je ne suis pas épatée par le chapeau, tu sais… Je n’y vois qu’une diversité de coiffure…


BARNAC.

En sorte que je revêtirais un bicorne de garçon de recette ou une casquette de chef de gare, ça te serait égal ?


MARTHE, (a installé l’appareil sur son trépied.)

Tu n’as qu’à choisir ce qui te va le mieux.


BARNAC.

Tu me rappelles une petite amie que j’avais lorsque, à trente ans, me fut adjugée la Légion d’honneur. Elle me félicita vivement et me dit : « De quelle couleur la porterez-vous, rouge ou mauve ?… »