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BARNAC.

Tu finiras par être une de nos grandes hétaïres, Anaïs…

MISS, (d’un petit ton menaçant, entre cuir et chair.)

Parfait ! Tu te moques de moi…

(Elle va s’asseoir sur le canapé à droite près du piano.)
BARNAC.

Je ne me moque pas… D’abord tu aurais la vengeance trop facile, hélas !… Et combien je préfère conserver la confiance résolue que je t’ai accordée à perpétuité !… Non, je ne me moque pas… J’apprécie, crois-moi, la façon dont tu te tires d’un rôle délicat, épineux, et le choix que j’ai fait de ta personne doit suffisamment t’édifier sur mes sentiments à ton égard… (Narquois.) As-tu besoin d’un peu d’argent de poche ?…

MISS.

Cette association d’idées me blesse ! Je ne suis pas vénale.

BARNAC.

Force-toi…

(Un temps. Il coupe son cigare.)
MISS, (toute souriante et minaudière.)

Eh bien, alors… j’avoue que j’ai fort envie, pour mon petit appartement, d’une certaine table bouillotte entr’aperçue hier chez Mayer, et…

BARNAC.

Suffit !… Tu es bonne fille… tu auras ta bouillotte…

MISS, (profitant de ces bonnes dispositions.)

Et puis… encore autre chose à te deman-