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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/177

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reproché d’avoir un appartement trop parfumé pour un académicien. Cela provient de ce qu’on est sacré académicien à un âge où les mauvaises habitudes sont prises… Jadis nos prédécesseurs prisaient et empestaient le tabac d’une lieue… Moi, je dégage de l’« Un soir viendra » !… Cette prophétie d’ailleurs peut présenter des sens divers… « Un soir viendra »… C’est, si l’on veut, l’instant fatal, Monseigneur, que le pécheur attend de pied ferme, quand la soixantaine va sonner à sa porte, comme un vulgaire candidat académique.


MONSEIGNEUR.

On m’avait dit que je recevrais de vous, Monsieur, un accueil infiniment bienveillant et quelque peu ironique. Je vois qu’on ne m’avait point induit en erreur. Je sais qu’il existe une gauche à l’Académie…


BARNAC.

Il ferait beau voir que l’Académie fût manchotte, Monseigneur ! Et vous serez reçu des deux mains, je l’espère bien, la droite et la gauche… En attendant, asseyez-vous dans ce fauteuil dont la grâce n’a rien d’académique, je le reconnais… (L’évêque s’assied parmi les coussins.) D’ailleurs, vous faites fausse route, je n’ai pas de nuance politique. La religion ne m’a inspiré qu’un sentiment très libéral de sympathie et de respect… Je n’ai jamais été mangeur de curés… Certes, si j’avais suivi les conseils paternels, je serais entré dans cette voie scandaleuse !


MONSEIGNEUR, (comprenant mal.)

Les conseils paternels ?


BARNAC.

Oui. Mon père, qui était charpentier au Marais,