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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/176

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MONSEIGNEUR.

Voici en tout cas, Monsieur Barnac, le livre que j’écrivis quand j’étais évêque de Cahors, sur le Manichéisme dans l’Albigeois… J’ai tenu à vous l’apporter… Je ne me flatte pas que vous le lirez… mais…


BARNAC.

Je le respirerai, Monseigneur. Parvenu à un âge avancé, je respire les livres comme on respire les roses… Il me suffît de feuilleter quelques pages ; j’ai une telle habitude de la lecture que, ma foi, j’arrive très bien à me rendre compte de l’ouvrage, intuitivement.


MONSEIGNEUR, (lui tendant le livre.)

Je crains que le parfum qui se dégage de cet essai soit bien imperceptible et peu familier à vos narines.


BARNAC.

Et pourquoi donc ça ?… Ah ! que voilà une parole maladroite pour un candidat. Monseigneur…


MONSEIGNEUR, (tout de suite inquiet.)

Mais, je n’ai pas voulu dire… Ma modestie seule…


BARNAC, (souriant.)

Rassurez-vous, je ne me formaliserai pas… Votre restriction est fort compréhensible… En entrant, je vous ai vu renifler avec surprise l’odeur de mon appartement. C’est un parfum au nom étrange ; il s’appelle : « Un soir viendra… » Monseigneur, les hommes d’âge, dans notre profession d’auteur dramatique, adorent les parfums qui leur rappellent leur jeunesse… On m’a souvent