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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/17

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ment appliqué à préciser mon dessein. Moralité me semblerait le terme le plus approprié : mais ce sont là des distinctions de peu d’intérêt et auxquelles il ne faut pas s’attacher outre mesure. Donc la pièce, en dépit des décors et des costumes, n’est pas du tout une pièce historique, mais un long anachronisme voulu, purement fantaisiste, et le héros légendaire, sous les traits d’un grand acteur, y parlera un langage tout contemporain.

Le sens de cet apologue est clair. La vie, la gloire, l’amour et la mort s’y jouent quelques tours de leur façon… On y verra, triste et simple, l’histoire du héros, du conquérant qui promène son altière nonchalance dans le royaume aride du baiser, et découvre tout à coup, devant la mort, l’Âme immortelle, s’en grise comme d’un vin fort et puissant :

Alors, ô ma beauté, dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers

Que j’ai gardé la forme et l’essence divine

De mes amours décomposés ;


puis, dégrisé de l’orgueilleuse ivresse dont s’alimentent les grands conquérants devenus de grands solitaires, se soumet simplement à l’humble vie, au rythme éternel de l’univers…

Mais si menue que soit l’anecdote, quelques idées subsidiaires s’y entrelacent comme les branches se nouent au tronc. Qu’on me permette de les souligner. La première est celle-ci : que notre mère l’humanité est bien sans doute la plus inlassable créatrice de chimères dont les dieux dotèrent le firmament ! Un perpétuel besoin d’idéalisation est en nous. Nos actes les plus simples, les plus ordinaires, quelquefois les plus nocifs, une fois accomplis, s’embellissent, dans le souvenir, et notre désir personnel de beauté, de préexcellence, les pare avantageusement, les convertit