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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/160

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de Xérès ne sera pas de trop… (Il boit avidement.) Vite… Vite l’année ineffable !… (Il lit à la lueur vacillante des cires.) C’est curieux… je ne sais pas pourquoi… cela me paraît tout de suite dépourvu d’intérêt… J’ai le cerveau brouillé sans doute. Elle avait raison… C’est tout de même un peu plat… et toujours trivial. (Il boit à nouveau et il lit encore quelques feuillets.) Mauvais, ça… très mauvais !… (Sa main tourne laborieusement les feuillets.) Ah ! Elvire… Elvire !… Ma meilleure joie… mon plus triste remords !… Oh ! je vais encore dénouer ta chevelure sur ma bouche… Ils vont renaître nos mots d’amour… dis, ma chère âme ?… Ils vont renaître, nos baisers ? (Il feuillette le passage.) Quoi ? C’est tout ?… Ça tient en deux pages ?… Pas possible ! La mort a dû en manger quelques-unes !… Non, c’est numéroté !… Est-ce que, par hasard, j’aurais oublié d’écrire ce qui était beau ?… Je me suis peut-être contenté de le vivre… (Il rejette les feuillets.) Peuh !… Tout le paquet vous a un petit parfum fade et blet fort écœurant. Allons, encore un dernier verre. À la santé des amours éternelles ! (Il se lève et porte le toast avec un grand geste. On entend la phrase retentir en écho sous les arches.) Tiens ! il y a de l’écho… (Il essuie la sueur qui lui coule du front.) Mauvais petit livre, vide, vide, vide ! Je croyais que tu contenais l’ineffable, mon cœur, ma chair ! Rien ! Rien ! Et, pourtant, vous êtes là, toutes mes vieilles tendresses… tous mes chers baisers !… C’est vous, c’est vous… à travers tout… Pourquoi ne me parlez-vous plus comme autrefois ? Pourquoi, pourquoi ? (Il tombe sur le livre en sanglotant. La fenêtre s’ouvre brusquement sous la poussée du vent.) Bon !… le printemps s’en mêle… Entre, printemps ! Caresse la page où Emerencia vient revivre…