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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/16

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que ce grand conteur, ce pur esprit, avait découvert mes premiers poèmes. Ce fut lui qui donna la Chambre blanche au libraire et en écrivit la préface ; lui qui s’enthousiasma pour la Lépreuse, puis m’invita à la faire représenter : il était donc, pour moi, tout naturellement porté à une indulgence excessive. — « Quand écrirez-vous cette pièce-là ? Vous ne pouvez pas ne pas l’écrire un jour », me disait-il. Il eut beau faire, des compositions modernes me hantaient ; la pièce future demeura à l’état de narration orale. Elle devint même un de ces sujets, point tout à fait abandonnés, qui, peu à peu, se muent en anecdotes.

Des amis divers, Maurice Magre, Edmond Sée, Robert d’Humières, etc., en écoutèrent le récit. Finalement, quand ce dernier prit le théâtre des Arts, un de ses premiers soins fut de me presser d’écrire l’Homme à la Rose pour sa nouvelle scène. Mais, déjà, la Femme nue me sollicitait. Le projet tomba à l’eau. Il a fallu les tragiques loisirs de la guerre pour me permettre cet « entr’acte », cette incursion dans la légende. Encore n’achevai-je pas le manuscrit à l’endroit même où je l’avais commencé, car, peu après, à l’avance ennemie de mai 1918, je dus à nouveau abandonner la maison retrouvée, sous une avalanche de torpilles qui, déjà, broyait mon seuil.

Cette fois, je n’ai pas eu d’autre prétention que de me divertir à graver une espèce d’eau-forte à la manière de Goya. Si elle apparaît sombre, sarcastique ou blasphématoire, mille regrets !… J’ai jeté sur la planche pêle-mêle quelques ombres et quelques lumières autour d’un prétexte ; celui d’un personnage célèbre qui a déjà posé chez les maîtres. C’est en quelque sorte l’« en marge » d’une grande légende. Je l’eusse intitulée : parabole ou moralité, si je n’avais craint de paraître trop prétentieuse-